Pourquoi la guerre est-​elle vitale pour la survie de l’UE et du bloc mondialiste ?

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  Selon Tom Luongo, ce que nous vivons n’est pas une simple riva­li­té entre pays, mais la pour­suite d’une guerre très ancienne pour le contrôle des flux d’argent. L’Empire bri­tan­nique n’a jamais vrai­ment dis­pa­ru. Après 1945, il a sim­ple­ment impo­sé aux États-​​Unis le rôle de puis­sance mili­taire et logis­tique, tout en gar­dant la main sur la finance, et éli­mi­nant phy­si­que­ment les pré­si­dents qui ne se sou­met­taient pas… Depuis 1913, l’Amérique a repris qua­si­ment telle quelle la poli­tique étran­gère, fis­cale, moné­taire et de sur­veillance bri­tan­nique. Le sys­tème des dol­lars pla­cés à l’étranger, le fameux euro­dol­lar, pilo­té depuis Londres grâce au taux LIBOR, per­met­tait de prendre les dol­lars amé­ri­cains, de les mul­ti­plier par l’endettement, et de les retour­ner ensuite contre les États-​​Unis eux-​mêmes. Le fonc­tion­ne­ment opaque du LIBOR L’eurodollar, ce n’est pas une mon­naie euro­péenne. C’est sim­ple­ment un dol­lar amé­ri­cain déte­nu en dehors des États-​​Unis, prin­ci­pa­le­ment dans des banques à Londres et dans d’autres places off­shore. Après Bretton Woods, ce mar­ché des dol­lars à l’étranger a explo­sé. Il est deve­nu bien plus gros que le mar­ché des dol­lars à l’intérieur des États-​​Unis. En consé­quence, le prix du dol­lar dans le monde n’était plus vrai­ment déci­dé à New York, mais à Londres. Le LIBOR (London Interbank Offered Rate) était le taux d’intérêt auquel les grandes banques se prê­taient entre elles des dol­lars à Londres. Ce taux n’était pas un vrai mar­ché trans­pa­rent. Il était cal­cu­lé à par­tir des décla­ra­tions des banques elles-​​mêmes : chaque matin, un panel de banques indi­quait à quel taux elles pen­saient pou­voir emprun­ter. On fai­sait ensuite une moyenne. Ce taux deve­nait la réfé­rence mon­diale pour presque tous les prêts, les contrats déri­vés, les cré­dits immo­bi­liers, les finan­ce­ments d’entreprises, etc., libel­lés en dol­lars. Parce que le mar­ché de l’eurodollar était immense, le LIBOR fixait en pra­tique le prix du dol­lar pour le monde entier. Les banques et les ins­ti­tu­tions finan­cières de Londres pou­vaient donc influen­cer le coût de l’argent en dol­lars sans être sous le contrôle direct de la Réserve fédé­rale amé­ri­caine. Elles pre­naient les dol­lars qui sor­taient des États-​​Unis (par le défi­cit com­mer­cial, les inves­tis­se­ments, etc.), les mul­ti­pliaient grâce au cré­dit, et les redis­tri­buaient selon leurs propres inté­rêts. C’est ce pou­voir de fixa­tion du prix du dol­lar à l’extérieur des États-​​Unis que Tom Luongo décrit comme l’outil prin­ci­pal de l’ancien sys­tème anglo-​​américain domi­né par Londres. En rem­pla­çant le LIBOR par le SOFR (un taux basé sur les tran­sac­tions réelles de pen­sion livrée aux États-​​Unis), Washington a reti­ré à Londres ce levier et a rame­né la tari­fi­ca­tion du dol­lar sur son propre ter­ri­toire. Le bas­cu­le­ment déci­sif : du LIBOR au SOFR Le vrai tour­nant a com­men­cé quand les États-​​Unis ont aban­don­né le LIBOR au pro­fit du SOFR. Le LIBOR était un taux fixé à Londres qui déci­dait du prix du dol­lar dans le monde entier. Le SOFR, lui, est un taux pure­ment amé­ri­cain, basé sur les mar­chés de pen­sion livrée aux États-​​Unis. En impo­sant ce chan­ge­ment, Washington a repris le pou­voir de fixer le prix de sa propre mon­naie. Depuis, le grand mar­ché à terme des euro­dol­lars s’est lit­té­ra­le­ment éteint. C’est, pour Luongo, l’événement déclen­cheur de toute la guerre éco­no­mique actuelle. Une fois le contrôle du prix du dol­lar récu­pé­ré, les États-​​Unis peuvent enfin s’attaquer aux autres piliers de l’ancien sys­tème. Une conver­gence d’intérêts contre le vieux monde colo­nial Dans ce cadre, Luongo voit une conver­gence d’intérêts entre cer­taines fac­tions amé­ri­caines, russes et chi­noises. Ce n’est pas une alliance for­melle, mais un ali­gne­ment autour de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et du com­merce réel, contre le vieux sys­tème colo­nial euro­péen qui extrait la richesse depuis des siècles. L’Europe et le Royaume-​​Uni, eux, cherchent à main­te­nir l’ancien modèle : pro­vo­quer des guerres, détruire les infra­struc­tures, for­cer le rem­bour­se­ment des dettes en or ou en actifs durs, puis recons­truire en s’appropriant la richesse créée. Winston Churchill a joué ce jeu deux fois. Après la Première Guerre mon­diale, en réta­blis­sant la livre au prix d’avant-guerre, il a pro­vo­qué une défla­tion mas­sive. À Bretton Woods, après la Seconde, il a fixé l’or à un prix arti­fi­ciel­le­ment bas pour vider les réserves amé­ri­caines. Trump, le cata­ly­seur choi­si Trump, dans cette lec­ture, n’est pas un acci­dent de l’histoire. Luongo pense qu’il a été choi­si pour être l’homme capable de faire sau­ter ce sys­tème. Son pre­mier man­dat a per­mis de lan­cer le SOFR, mais les forces qui défendent l’ancien ordre — réseau bri­tan­nique, affaires du Russiagate, pan­dé­mie — ont frei­né le mou­ve­ment. Avec son second man­dat, l’offensive devient sys­té­ma­tique : reprendre le contrôle de la Réserve fédé­rale, des mar­chés moné­taires, des flux de capi­taux, et démon­ter un à un les piliers de l’ancien édi­fice. Trump a le tem­pé­ra­ment, la per­son­na­li­té et les com­pé­tences pour jouer ce rôle de rup­ture. Le Japon et la fin du yen à bas prix Le point le plus tech­nique et le plus impor­tant aujourd’hui concerne le Japon. Depuis soixante-​​dix ans, le yen à très bas taux d’intérêt a ser­vi de car­bu­rant pour endet­ter le monde entier. On emprun­tait en yen bon mar­ché, on pla­çait ailleurs, et on empo­chait la dif­fé­rence. C’est le fameux « yen car­ry trade ». Les Européens — Banque d’Angleterre, Bundesbank, Banque cen­trale euro­péenne — mani­pulent les écarts de taux et les cours de change entre l’euro et le yen, ou la livre et le yen, pour pro­té­ger ce méca­nisme. Trump et son secré­taire au Trésor, Scott Bessent, s’attaquent pré­ci­sé­ment à cela. Ils inter­viennent sur l’euro, poussent le Japon à remon­ter ses taux, et cassent le col­la­té­ral pétro­lier — pétrole ira­nien, gaz qata­ri — qui ser­vait à finan­cer ces opé­ra­tions. Quand le pétrole n’arrive plus à bon port, les contrats d’assurance sont annu­lés, les banques comme Lloyds enre­gistrent des pertes, et le sys­tème de por­tage du yen com­mence à se défaire. Chaque fois que l’écart de taux se res­serre trop, quelqu’un inter­vient pour défendre les posi­tions euro­péennes. Les États-​​Unis, eux, ren­forcent le yen pour for­cer le débou­clage de ces opé­ra­tions. L’or, arme de reva­lo­ri­sa­tion Sur l’or, Luongo est très clair. Les Britanniques veulent un effon­dre­ment du prix pour conti­nuer leur ancien stra­ta­gème. Les Américains, au contraire, veulent un or beau­coup plus éle­vé. Cela per­met de reva­lo­ri­ser les actifs solides, de faire bais­ser la valeur rela­tive du dol­lar de façon contrô­lée, de relo­ca­li­ser l’industrie, d’améliorer le rap­port entre dette et fonds propres, et de vendre ensuite les pro­duits amé­ri­cains au reste du monde. Ils le font dis­crè­te­ment, par l’intermédiaire des

L’arnaque du libre-​échange à la britannique

Deux sys­tèmes s’affrontent : libre-​​échange bri­tan­nique contre sys­tème natio­nal amé­ri­cain Analyste finan­cier et essayiste, Alex Krainer pro­pose une relec­ture radi­cale des bou­le­ver­se­ments géo­po­li­tiques actuels. Guerre en Ukraine, conflit à Gaza, ten­sions avec l’Iran et la Chine, migra­tions mas­sives, éro­sion des classes moyennes… Autant de crises qui, selon lui, ne relèvent pas d’un affron­te­ment entre « démo­cra­ties et auto­cra­ties ». Elles seraient les fronts d’une même guerre de modèles éco­no­miques et de gou­ver­nance. Le vrai cli­vage n’est pas celui qu’on croit Krainer com­mence par balayer les grilles de lec­ture domi­nantes. Les diri­geants occi­den­taux parlent volon­tiers de « socié­tés ouvertes contre socié­tés fer­mées ». Il y voit une repré­sen­ta­tion auto-​​complaisante qui masque l’essentiel. Le conflit pro­fond oppose, d’un côté, le sys­tème colo­nial de libre-​​échange héri­té de l’Empire bri­tan­nique et, de l’autre, le sys­tème natio­nal d’économie poli­tique, sou­vent appe­lé « sys­tème amé­ri­cain ». Ce der­nier a été concep­tua­li­sé et mis en œuvre par des figures comme Alexander Hamilton, Henry Clay, Abraham Lincoln et, sur­tout, l’économiste Henry C. Carey, conseiller de Lincoln. Pour Krainer, com­prendre cette oppo­si­tion est indis­pen­sable pour relier entre elles les crises contem­po­raines. Libre-​​échange : une course vers le bas Le sys­tème bri­tan­nique de libre-​​échange repose sur un prin­cipe simple : sup­pri­mer toutes les bar­rières au mou­ve­ment des capi­taux et des mar­chan­dises afin de maxi­mi­ser le ren­de­ment du capi­tal. Dans cette logique, les nations se retrouvent contraintes de riva­li­ser pour atti­rer les inves­tis­se­ments en com­pres­sant sys­té­ma­ti­que­ment leurs coûts. Salaires, sécu­ri­té de l’emploi, retraites, san­té, édu­ca­tion, infra­struc­tures, pro­tec­tion de l’environnement : tout ce qui grève le retour sur capi­tal devient une variable d’ajustement. Le résul­tat, selon Krainer, est une course vers le bas per­ma­nente. La richesse s’extrait et se concentre dans quelques centres finan­ciers, tan­dis que le tis­su pro­duc­tif et social des nations s’érode. Le sys­tème natio­nal : pro­duire chez soi pour enri­chir le pays À l’opposé, le sys­tème natio­nal d’économie poli­tique place la pro­duc­tion inté­rieure au centre. Il uti­lise des bar­rières pro­tec­trices tem­po­raires pour per­mettre à l’industrie natio­nale de se déve­lop­per face à la concur­rence étran­gère. Les capi­taux sont orien­tés vers la manu­fac­ture, les infra­struc­tures, l’éducation, la recherche et la culture. L’objectif n’est pas la maxi­mi­sa­tion du ren­de­ment finan­cier immé­diat, mais l’élévation durable du niveau de vie de la popu­la­tion et la dis­per­sion de la richesse. Krainer insiste : ce modèle vise la sou­ve­rai­ne­té et l’indépendance, là où le libre-​​échange pousse vers la glo­ba­li­sa­tion et l’hégémonie uni­po­laire. Les sept dimen­sions de Henry Carey Dans son ouvrage de 1851, The Harmony of Interests, Henry Carey avait déjà for­mu­lé le contraste avec une clar­té que Krainer juge tou­jours per­ti­nente. Il en retient sept axes prin­ci­paux : L’Empire bri­tan­nique comme labo­ra­toire Krainer prend l’Empire bri­tan­nique comme illus­tra­tion para­dig­ma­tique du sys­tème de libre-​​échange. Les symp­tômes qu’il a géné­rés – déclin indus­triel rela­tif, pres­sion sur les salaires, concen­tra­tion finan­cière, recours aux migra­tions et mili­ta­ri­sa­tion – se retrouvent aujourd’hui, selon lui, dans l’ensemble du monde déve­lop­pé qui a adop­té ce modèle au cours des cin­quante der­nières années. À l’inverse, les pays qui ont appli­qué le sys­tème natio­nal ont connu des phases de mon­tée en puis­sance indus­trielle et d’amélioration du niveau de vie : les États-​​Unis après l’indépendance, l’Allemagne de la fin du XIXe siècle, ou encore l’Italie d’après-guerre sous l’impulsion d’Enrico Mattei. Krainer annonce d’ailleurs un tra­vail ulté­rieur sur la Chine contem­po­raine, qu’il pré­sente comme l’exemple le plus spec­ta­cu­laire de ce modèle au XXIe siècle. Pourquoi cette grille de lec­ture change tout Une fois cette oppo­si­tion accep­tée, les conflits actuels prennent un sens dif­fé­rent. La guerre en Ukraine, les ten­sions autour de Taïwan, la poli­tique migra­toire ou les crises sociales internes ne sont plus des dos­siers iso­lés. Ils deviennent les théâtres d’une même confron­ta­tion entre un sys­tème extrac­tif en déclin et des puis­sances qui refusent la subor­di­na­tion colo­niale et cherchent à recons­truire une capa­ci­té pro­duc­tive sou­ve­raine. Krainer sou­ligne un point sup­plé­men­taire : cette connais­sance a été lar­ge­ment effa­cée des pro­grammes d’économie contem­po­rains. Le fait même de pou­voir la recons­ti­tuer lui paraît presque un acte de résis­tance intel­lec­tuelle. Un empire qui s’effrite La thèse cen­trale de la vidéo est claire. Le modèle de libre-​​échange qui a domi­né l’Occident depuis plu­sieurs décen­nies pro­duit désor­mais ses effets pré­vi­sibles : affai­blis­se­ment indus­triel, pres­sion sur les classes moyennes, insta­bi­li­té sociale et recours per­ma­nent à la force. Face à lui, le retour à une logique de sys­tème natio­nal, obser­vable dans plu­sieurs pays émer­gents, redes­sine les rap­ports de force mon­diaux. Pour Alex Krainer, l’empire n’est pas seule­ment contes­té mili­tai­re­ment ou diplo­ma­ti­que­ment. Il s’effondre d’abord sous le poids de ses propres contra­dic­tions éco­no­miques. L’exemple de la France des Trente Glorieuses Krainer n’en parle pas mais la période gaul­lienne (et plus lar­ge­ment les Trente Glorieuses sous influence de la pla­ni­fi­ca­tion fran­çaise) illustre une ver­sion assez pure de capi­ta­lisme pro­duc­ti­viste et diri­giste. L’État ne se conten­tait pas de régu­ler : il orien­tait mas­si­ve­ment l’investissement, créait ou sou­te­nait des cham­pions natio­naux, lan­çait de grands pro­grammes tech­no­lo­giques (nucléaire civil et mili­taire, aéro­nau­tique, élec­tro­nique, spa­tial…), pro­té­geait cer­tains sec­teurs stra­té­giques et accep­tait un degré éle­vé d’intervention dans l’allocation du capital.Les résul­tats sont dif­fi­ciles à nier sur le moment : ‑Croissance forte et rela­ti­ve­ment sou­te­nue-​Modernisation accé­lé­rée de l’appareil pro­duc­tif-​Hausse nette du niveau de vie-​Montée en gamme indus­trielle-​Affirmation d’une cer­taine indé­pen­dance stra­té­gique (notam­ment moné­taire et éner­gé­tique) De Gaulle et ses équipes (Pompidou à Matignon, les hauts fonc­tion­naires du Plan, etc.) incarnent clai­re­ment une logique oppo­sée au libre-​​échange bri­tan­nique clas­sique : on ne laisse pas le mar­ché mon­dial dic­ter la struc­ture pro­duc­tive du pays. On la construit. L’expérience fran­çaise de cette période consti­tue bien une démons­tra­tion concrète qu’un capi­ta­lisme pilo­té, pro­duc­ti­viste et rela­ti­ve­ment sou­ve­rain peut déli­vrer des résul­tats impres­sion­nants face à une logique de pure ouver­ture et de spé­cia­li­sa­tion selon les avan­tages com­pa­ra­tifs immé­diats. À cette époque, la plus grande for­tune de France était Marcel Boussac, à la tête de plus de 50 usines employant plus de 20 000 sala­riés. Boussac avait bâti un empire tex­tile ver­ti­cal (fila­tures, tis­sage, confec­tion, dis­tri­bu­tion, marques dont le finan­ce­ment de la mai­son Christian Dior en 1946), éten­du aux colo­nies, aux jour­naux (L’Aurore, Paris-​​Turf) et aux courses hip­piques (haras et hip­po­drome de Saint-​Cloud).  Mais sa for­tune était de 50 mil­liards d’anciens francs équi­valent donc à 500 mil­lions de nou­veaux francs de l’époque. L’écart d’échelle avec avec les plus grandes for­tunes est énorme, et la libre cir­cu­la­tion des capi­taux et des

Comment créer de l’argent à partir de rien ?

Dans cet entre­tien avec Tucker Carlson (en anglais, mais Youtube pro­pose une tra­duc­tion auto­ma­tique en bas à droite), l’économiste Richard Werner détri­cote la construc­tion de notre sys­tème ban­caire, lequel res­semble par maints aspects à une pyra­mide de Ponzi. Voici les­quels :  Dépendance à la confiance : Comme dans une pyra­mide de Ponzi, le sys­tème ban­caire repose fon­da­men­ta­le­ment sur la confiance des acteurs éco­no­miques. Les dépôts créés par les prêts (argent ex nihi­lo) n’ont de valeur que parce que les gens acceptent ces dépôts comme moyen de paie­ment. Si la confiance s’effondre (ex. : panique ban­caire), le sys­tème peut vaciller, tout comme une pyra­mide de Ponzi s’écroule lorsque les nou­veaux inves­tis­seurs cessent d’arriver. Croissance par endet­te­ment : Dans une pyra­mide de Ponzi, les ren­de­ments pro­mis aux anciens inves­tis­seurs sont payés avec l’argent des nou­veaux inves­tis­seurs. Dans le sys­tème ban­caire, la créa­tion moné­taire par le cré­dit repose sur l’émission de nou­veaux prêts pour sou­te­nir l’économie et rem­bour­ser les dettes exis­tantes (inté­rêts inclus). Si la créa­tion de cré­dit s’arrête, le sys­tème peut se grip­per, car les dettes ne peuvent plus être refi­nan­cées faci­le­ment. Fragilité struc­tu­relle : Werner sou­ligne que les crises ban­caires (comme celle du Japon dans les années 1990 ou la crise de 2008) révèlent la fra­gi­li­té du sys­tème, où les actifs (prêts) peuvent perdre de la valeur si les emprun­teurs ne rem­boursent pas. Cela rap­pelle la dyna­mique d’une pyra­mide, où l’arrêt des flux entrants expose l’insolvabilité du sché­ma. Concentration des béné­fices : Dans une pyra­mide de Ponzi, les orga­ni­sa­teurs (au som­met) pro­fitent le plus. Dans le sys­tème ban­caire, les grandes banques et leurs action­naires tirent des pro­fits sub­stan­tiels de la créa­tion moné­taire (inté­rêts, frais), tan­dis que les risques (crises, défauts) sont sou­vent socia­li­sés (sau­ve­tages par l’État), ce que Werner cri­tique comme une forme d’injustice sys­té­mique.   
Voici une syn­thèse des argu­ments prin­ci­paux de Richard Werner dans cet entre­tien : Prédiction de la crise finan­cière japo­naise : Dans les années 1990, Werner, tra­vaillant comme consul­tant pour la Banque du Japon, a iden­ti­fié des ano­ma­lies dans les flux de capi­taux japo­nais et les prix des ter­rains, qui attei­gnaient des niveaux absurdes (ex. : le jar­din du Palais Impérial de Tokyo valait autant que tout l’immobilier de Californie). Il a conclu que ces phé­no­mènes étaient liés à la créa­tion de cré­dit ban­caire, un concept peu recon­nu dans les modèles éco­no­miques tra­di­tion­nels. En 1991, il a pré­dit une crise ban­caire immi­nente et une réces­sion majeure au Japon, contrai­re­ment aux pré­vi­sions opti­mistes des stra­tèges inter­na­tio­naux, en rai­son de la bulle spé­cu­la­tive sur les actifs (actions et immo­bi­lier) ali­men­tée par le cré­dit ban­caire.  La théo­rie de la créa­tion de cré­dit ban­caire : Werner sou­tient que les banques ne sont pas de simples inter­mé­diaires finan­ciers (pre­nant des dépôts pour prê­ter), contrai­re­ment à ce qu’enseignent les théo­ries éco­no­miques domi­nantes. Selon sa théo­rie de la créa­tion de cré­dit, les banques com­mer­ciales créent de l’argent ex nihi­lo lorsqu’elles accordent des prêts, ce qui aug­mente la masse moné­taire sans trans­fert de fonds pré­exis­tants. Il a effec­tué un test empi­rique en 2014, confir­mant que les banques créent de l’argent par un simple jeu d’écriture comp­table, grâce à une exemp­tion des règles sur les fonds des clients (client money rule), qui per­met aux banques d’inclure les dépôts sur leur bilan. Impact de l’utilisation du cré­dit ban­caire : Werner dis­tingue trois scé­na­rios pour l’utilisation du cré­dit ban­caire :  Achats d’actifs (immo­bi­lier, actifs finan­ciers): Cela ali­mente l’inflation des actifs et crée des cycles de boom et de krach, comme obser­vé au Japon dans les années 1980 et 1990. Ces prêts ne contri­buent pas au PIB, car ils impliquent des trans­ferts de pro­prié­té sans créa­tion de valeur ajou­tée. Consommation : Les prêts à la consom­ma­tion aug­mentent le pou­voir d’achat sans accroître la pro­duc­tion, ce qui génère de l’inflation des prix à la consom­ma­tion (ex. : infla­tion post-​​2020 aux États-​Unis). Investissements pro­duc­tifs : Les prêts pour les inves­tis­se­ments des entre­prises (nou­velles tech­no­lo­gies, pro­duc­tion) sti­mulent une crois­sance éco­no­mique sou­te­nue sans infla­tion, comme obser­vé dans des éco­no­mies à forte crois­sance (Japon post-​​guerre, Chine sous Deng Xiaoping).   Rôle des banques cen­trales et crises orches­trées : Werner argue que la Banque du Japon a inten­tion­nel­le­ment créé la bulle des années 1980 et la réces­sion pro­lon­gée qui a sui­vi, sous la pres­sion des États-​​Unis, pour frei­ner la réus­site éco­no­mique japo­naise. Il cite des preuves (témoi­gnages, don­nées) mon­trant que la crise était pla­ni­fiée pour ouvrir l’économie japo­naise aux inves­tis­se­ments étran­gers à bas prix. Il cri­tique les banques cen­trales, comme la Réserve fédé­rale, pour mani­pu­ler le sys­tème ban­caire afin de pro­vo­quer des cycles de boom et de krach, conso­li­dant ain­si le pou­voir éco­no­mique et poli­tique. Les crises ban­caires, comme celle de 2008, sont évi­tables grâce à des poli­tiques comme l’assouplissement quan­ti­ta­tif (QE) qu’il a pro­po­sé dès 1995.   Proposition d’assouplissement quan­ti­ta­tif (QE ou Quantitative Easing) : Werner a intro­duit le concept de QE pour résoudre les crises ban­caires sans coût pour la socié­té :  QE1 : La banque cen­trale achète les actifs non per­for­mants des banques à leur valeur nomi­nale, res­tau­rant leur sol­va­bi­li­té sans créer d’inflation. QE2 : La banque cen­trale achète des actifs per­for­mants auprès d’acteurs non ban­caires, for­çant les banques à créer du cré­dit pour sti­mu­ler l’économie. QE3 (Treasury QE): Les gou­ver­ne­ments peuvent emprun­ter direc­te­ment auprès des banques locales pour créer du cré­dit, évi­tant les mar­chés obli­ga­taires inter­na­tio­naux. Il note que ces mesures, bien qu’efficaces (ex. : uti­li­sées par la Fed en 2008), sont sou­vent évi­tées pour des rai­sons poli­tiques, favo­ri­sant les inté­rêts des grandes banques.  Critique du sys­tème ban­caire cen­tra­li­sé et CBDC : Werner dénonce la concen­tra­tion du pou­voir ban­caire via la réduc­tion du nombre de banques locales, orches­trée par les banques cen­trales comme la BCE ou la Fed. Cela affai­blit les petites entre­prises, qui dépendent des petites banques pour le cré­dit, et cen­tra­lise le pou­voir éco­no­mique. Il met en garde contre les mon­naies numé­riques des banques cen­trales (CBDC), qui per­met­traient un contrôle cen­tra­li­sé total sur l’argent (via la pro­gram­ma­bi­li­té) et éli­mi­ne­raient les banques com­mer­ciales, reve­nant à un sys­tème de pla­ni­fi­ca­tion cen­tra­li­sée, à l’opposé du modèle décen­tra­li­sé qui a per­mis la crois­sance de la Chine. Conséquences poli­tiques et sociales : Un sys­tème ban­caire décen­tra­li­sé (nom­breuses petites banques) favo­rise une éco­no­mie dyna­mique, des emplois, et une socié­té plus démo­cra­tique, car il répar­tit le pou­voir éco­no­mique. À l’inverse, un sys­tème cen­tra­li­sé concentre la richesse et le contrôle, affai­blis­sant la classe

Qu’on leur coupe la dette !

Cette dette dont on nous rebat les oreilles ! Mais d’où vient-​​elle ? A qui profite‑t’elle ? En effet, puisque nous savons main­te­nant que l’argent est déma­té­ria­li­sé, qu’il peut être créé ex-​​nihilo à volon­té, on peut légi­ti­me­ment se deman­der pour­quoi l’Etat est contraint de s’endetter auprès des banques pri­vées. La réponse est dans cette courte vidéo :  Pour une ana­lyse de la situa­tion en 2024, cet entre­tien avec l’é­co­no­miste Nicolas Dufrêne est très éclairant :

Les quatre vérités sur la monnaie que tout citoyen devrait connaitre

Comme le sou­li­gnait jus­te­ment le regret­té Bernard Marris, l’argent devrait, comme l’air que nous res­pi­rons, être un bien com­mun. Bien sûr, nous en sommes loin et il nous parait donc utile de rap­pe­ler que : — La mon­naie qui cir­cule ne repose sur aucune garan­tie maté­rielle, l’étalon or ayant été aban­don­né en 1937 par la France et en 1971 par les USA. — Seul l’argent liquide (pièces et billets) est créé par la Banque Centrale. Mais il ne repré­sente que 5 % de la mon­naie en cir­cu­la­tion. — Les 95 % res­tant sont créés « ex-​​nihilo », c’est-à-dire à par­tir de rien, uni­que­ment par les banques pri­vées, lorsque l’on contracte un emprunt. Ce n’est donc pas, contrai­re­ment à une idée répan­due, de la mon­naie épar­gnée ou dépo­sée par d’autres que vous prête le ban­quier. — Au fur et à mesure que le client rem­bourse son emprunt, sa dette, dimi­nue jusqu’à s’annuler. L’argent qui avait été créé par le ban­quier pri­vé est détruit. Il n’existe donc plus et il faut donc trou­ver de nou­veaux emprun­teurs si l’on sou­haite que de la mon­naie puisse faci­li­ter les échanges. On com­pren­dra ain­si que pour que le sys­tème conti­nue de fonc­tion­ner, il faut consom­mer tou­jours plus.   Pour en savoir plus sur la créa­tion moné­taire et les banques cen­trales : Et pour révi­ser les bases de la créa­tion monétaires :

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