Pourquoi la guerre est-​elle vitale pour la survie de l’UE et du bloc mondialiste ?

 

Selon Tom Luongo, ce que nous vivons n’est pas une simple riva­li­té entre pays, mais la pour­suite d’une guerre très ancienne pour le contrôle des flux d’argent. L’Empire bri­tan­nique n’a jamais vrai­ment dis­pa­ru. Après 1945, il a sim­ple­ment impo­sé aux États-​Unis le rôle de puis­sance mili­taire et logis­tique, tout en gar­dant la main sur la finance, et éli­mi­nant phy­si­que­ment les pré­si­dents qui ne se sou­met­taient pas…

Depuis 1913, l’Amérique a repris qua­si­ment telle quelle la poli­tique étran­gère, fis­cale, moné­taire et de sur­veillance bri­tan­nique. Le sys­tème des dol­lars pla­cés à l’étranger, le fameux euro­dol­lar, pilo­té depuis Londres grâce au taux LIBOR, per­met­tait de prendre les dol­lars amé­ri­cains, de les mul­ti­plier par l’endettement, et de les retour­ner ensuite contre les États-​Unis eux-mêmes.

Le fonctionnement opaque du LIBOR

L’eurodollar, ce n’est pas une mon­naie euro­péenne. C’est sim­ple­ment un dol­lar amé­ri­cain déte­nu en dehors des États-​Unis, prin­ci­pa­le­ment dans des banques à Londres et dans d’autres places off­shore. Après Bretton Woods, ce mar­ché des dol­lars à l’étranger a explo­sé. Il est deve­nu bien plus gros que le mar­ché des dol­lars à l’intérieur des États-​Unis. En consé­quence, le prix du dol­lar dans le monde n’était plus vrai­ment déci­dé à New York, mais à Londres.

Le LIBOR (London Interbank Offered Rate) était le taux d’intérêt auquel les grandes banques se prê­taient entre elles des dol­lars à Londres. Ce taux n’était pas un vrai mar­ché trans­pa­rent. Il était cal­cu­lé à par­tir des décla­ra­tions des banques elles-​mêmes : chaque matin, un panel de banques indi­quait à quel taux elles pen­saient pou­voir emprun­ter. On fai­sait ensuite une moyenne. Ce taux deve­nait la réfé­rence mon­diale pour presque tous les prêts, les contrats déri­vés, les cré­dits immo­bi­liers, les finan­ce­ments d’entreprises, etc., libel­lés en dollars.

Parce que le mar­ché de l’eurodollar était immense, le LIBOR fixait en pra­tique le prix du dol­lar pour le monde entier. Les banques et les ins­ti­tu­tions finan­cières de Londres pou­vaient donc influen­cer le coût de l’argent en dol­lars sans être sous le contrôle direct de la Réserve fédé­rale amé­ri­caine. Elles pre­naient les dol­lars qui sor­taient des États-​Unis (par le défi­cit com­mer­cial, les inves­tis­se­ments, etc.), les mul­ti­pliaient grâce au cré­dit, et les redis­tri­buaient selon leurs propres intérêts.

C’est ce pou­voir de fixa­tion du prix du dol­lar à l’extérieur des États-​Unis que Tom Luongo décrit comme l’outil prin­ci­pal de l’ancien sys­tème anglo-​américain domi­né par Londres. En rem­pla­çant le LIBOR par le SOFR (un taux basé sur les tran­sac­tions réelles de pen­sion livrée aux États-​Unis), Washington a reti­ré à Londres ce levier et a rame­né la tari­fi­ca­tion du dol­lar sur son propre territoire.

Le basculement décisif : du LIBOR au SOFR

Le vrai tour­nant a com­men­cé quand les États-​Unis ont aban­don­né le LIBOR au pro­fit du SOFR. Le LIBOR était un taux fixé à Londres qui déci­dait du prix du dol­lar dans le monde entier. Le SOFR, lui, est un taux pure­ment amé­ri­cain, basé sur les mar­chés de pen­sion livrée aux États-​Unis. En impo­sant ce chan­ge­ment, Washington a repris le pou­voir de fixer le prix de sa propre monnaie.

Depuis, le grand mar­ché à terme des euro­dol­lars s’est lit­té­ra­le­ment éteint. C’est, pour Luongo, l’événement déclen­cheur de toute la guerre éco­no­mique actuelle. Une fois le contrôle du prix du dol­lar récu­pé­ré, les États-​Unis peuvent enfin s’attaquer aux autres piliers de l’ancien système.

Une convergence d’intérêts contre le vieux monde colonial

Dans ce cadre, Luongo voit une conver­gence d’intérêts entre cer­taines fac­tions amé­ri­caines, russes et chi­noises. Ce n’est pas une alliance for­melle, mais un ali­gne­ment autour de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale et du com­merce réel, contre le vieux sys­tème colo­nial euro­péen qui extrait la richesse depuis des siècles.

L’Europe et le Royaume-​Uni, eux, cherchent à main­te­nir l’ancien modèle : pro­vo­quer des guerres, détruire les infra­struc­tures, for­cer le rem­bour­se­ment des dettes en or ou en actifs durs, puis recons­truire en s’appropriant la richesse créée. Winston Churchill a joué ce jeu deux fois. Après la Première Guerre mon­diale, en réta­blis­sant la livre au prix d’avant-guerre, il a pro­vo­qué une défla­tion mas­sive. À Bretton Woods, après la Seconde, il a fixé l’or à un prix arti­fi­ciel­le­ment bas pour vider les réserves américaines.

Trump, le catalyseur choisi

Trump, dans cette lec­ture, n’est pas un acci­dent de l’histoire. Luongo pense qu’il a été choi­si pour être l’homme capable de faire sau­ter ce sys­tème. Son pre­mier man­dat a per­mis de lan­cer le SOFR, mais les forces qui défendent l’ancien ordre — réseau bri­tan­nique, affaires du Russiagate, pan­dé­mie — ont frei­né le mouvement.

Avec son second man­dat, l’offensive devient sys­té­ma­tique : reprendre le contrôle de la Réserve fédé­rale, des mar­chés moné­taires, des flux de capi­taux, et démon­ter un à un les piliers de l’ancien édi­fice. Trump a le tem­pé­ra­ment, la per­son­na­li­té et les com­pé­tences pour jouer ce rôle de rupture.

Le Japon et la fin du yen à bas prix

Le point le plus tech­nique et le plus impor­tant aujourd’hui concerne le Japon. Depuis soixante-​dix ans, le yen à très bas taux d’intérêt a ser­vi de car­bu­rant pour endet­ter le monde entier. On emprun­tait en yen bon mar­ché, on pla­çait ailleurs, et on empo­chait la dif­fé­rence. C’est le fameux « yen car­ry trade ».

Les Européens — Banque d’Angleterre, Bundesbank, Banque cen­trale euro­péenne — mani­pulent les écarts de taux et les cours de change entre l’euro et le yen, ou la livre et le yen, pour pro­té­ger ce méca­nisme. Trump et son secré­taire au Trésor, Scott Bessent, s’attaquent pré­ci­sé­ment à cela. Ils inter­viennent sur l’euro, poussent le Japon à remon­ter ses taux, et cassent le col­la­té­ral pétro­lier — pétrole ira­nien, gaz qata­ri — qui ser­vait à finan­cer ces opérations.

Quand le pétrole n’arrive plus à bon port, les contrats d’assurance sont annu­lés, les banques comme Lloyds enre­gistrent des pertes, et le sys­tème de por­tage du yen com­mence à se défaire. Chaque fois que l’écart de taux se res­serre trop, quelqu’un inter­vient pour défendre les posi­tions euro­péennes. Les États-​Unis, eux, ren­forcent le yen pour for­cer le débou­clage de ces opérations.

L’or, arme de revalorisation

Sur l’or, Luongo est très clair. Les Britanniques veulent un effon­dre­ment du prix pour conti­nuer leur ancien stra­ta­gème. Les Américains, au contraire, veulent un or beau­coup plus éle­vé. Cela per­met de reva­lo­ri­ser les actifs solides, de faire bais­ser la valeur rela­tive du dol­lar de façon contrô­lée, de relo­ca­li­ser l’industrie, d’améliorer le rap­port entre dette et fonds propres, et de vendre ensuite les pro­duits amé­ri­cains au reste du monde. Ils le font dis­crè­te­ment, par l’intermédiaire des mon­naies numé­riques stables comme Tether.

Ces mon­naies sont ados­sées à des bons du Trésor amé­ri­cain à très court terme. Les inté­rêts per­çus servent à ache­ter de l’or. Tether en a accu­mu­lé plus que presque n’importe qui, sauf la banque cen­trale polo­naise. C’est une façon de mon­ter le prix de l’or sans lais­ser trop de traces amé­ri­caines visibles.

L’objectif du nouvel âge d’or américain

L’issue, selon lui, dépen­dra du degré de vio­lence que cha­cun accep­te­ra. Si tout le monde reste rai­son­nable, la tran­si­tion pren­dra sept à dix ans. Si on arrache le pan­se­ment d’un coup, ce sera plus bru­tal, et ce sont les Européens et les Britanniques qui paie­ront le prix fort. Le but final est un âge d’or amé­ri­cain au sens où Trump l’entend : les États-​Unis récu­pèrent d’abord la sou­ve­rai­ne­té moné­taire, puis la sou­ve­rai­ne­té politique.

On ver­ra un dol­lar à deux vitesses, un sur le ter­ri­toire amé­ri­cain et un à l’étranger, comme le yuan chi­nois. Le sys­tème de por­tage du yen dis­pa­raî­tra. L’Europe et le Royaume-​Uni per­dront leur capa­ci­té à mul­ti­plier les dol­lars amé­ri­cains contre l’Amérique elle-​même. Le Nouveau Monde — Amérique du Nord et Amérique latine, avec le Venezuela comme modèle de recons­truc­tion — rede­vien­dra le centre, et le vieux monde colo­nial sera relégué.

En résu­mé, nous assis­tons à la der­nière grande bataille entre le vieux monde extrac­teur de richesses par la dette et un monde qui tente de retrou­ver une éco­no­mie fon­dée sur la pro­duc­tion réelle. Trump est le cata­ly­seur de ce bas­cu­le­ment. Le Japon et le yen en sont le levier actuel. L’or doit mon­ter. Et si cela réus­sit, on sor­ti­ra enfin du modèle de féo­da­lisme moné­taire dans lequel nous vivons depuis un siècle.

Pourquoi la guerre est-​elle donc vitale pour les mondialistes ?

Les Européens (et plus lar­ge­ment le sys­tème anglo-​européen que décrit Luongo) ont un inté­rêt vital à ce que la guerre contre la Russie se pro­longe et s’intensifie.

Leur modèle his­to­rique fonc­tionne par cycles. Tous les 80 ans envi­ron, le sys­tème de dettes devient insou­te­nable. Pour le renou­ve­ler, il faut une grande des­truc­tion : une guerre qui anéan­tit les infra­struc­tures, fait défaut sur les anciennes dettes, et per­met ensuite de recons­truire en contrô­lant les flux de capi­taux et les répa­ra­tions. Après la Première Guerre mon­diale et après la Seconde, c’est exac­te­ment ce qui s’est pas­sé. Churchill a joué un rôle clé dans la reva­lo­ri­sa­tion de l’or et dans l’organisation de cette recons­truc­tion au pro­fit du sys­tème britannique.

Aujourd’hui, le même sché­ma est à l’œuvre. L’Europe veut entraî­ner les États-​Unis dans une guerre sur deux fronts (Russie d’un côté, Chine de l’autre). L’objectif n’est pas vrai­ment de « gagner » contre la Russie. L’objectif est de faire sai­gner l’Amérique : épui­ser ses res­sources mili­taires, finan­cières et industrielles.

Pendant ce temps, l’Europe, même si elle se détruit elle-​même en par­tie, reste le seul espace rela­ti­ve­ment épar­gné où les capi­taux peuvent se réfu­gier. Une fois l’Amérique affai­blie et endet­tée encore plus lour­de­ment, les Européens se retrouvent en posi­tion de contrô­ler la recons­truc­tion mon­diale, comme ils l’ont fait après 1918 et après 1945.

C’est pour cette rai­son que, dans la vision de Luongo, les Européens refusent toute négo­cia­tion sérieuse sur l’Ukraine et poussent sans cesse à l’escalade. Une paix rapide pri­ve­rait le vieux sys­tème de son levier prin­ci­pal : la des­truc­tion contrô­lée qui per­met de repar­tir sur de nou­velles bases en gar­dant la main sur l’argent.

La guerre contre la Russie n’est donc pas une ques­tion de sécu­ri­té euro­péenne pure. C’est un outil pour for­cer le renou­vel­le­ment du cycle extrac­tif au pro­fit de ceux qui l’ont tou­jours pilo­té depuis Londres et les places finan­cières euro­péennes. Sans comp­ter bien sûr que la Russie détient dans son sous-​sol envi­ron 20 % de toutes les res­sources natu­relles de la planète…

Et si la guerre contre la Russie ne prend pas, his­to­ri­que­ment, la “solu­tion” alter­na­tive est la guerre civile…

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